AtMOsphères AMO

Diagnostic social 2020

Introduction

Pour établir ce diagnostic social nous nous basons sur les différents constats et observations que nous avons pu établir via l’exercice de nos missions. L’intérêt d’établir un tel diagnostic est de permettre aux instances supérieures de l’aide à la jeunesse d’orienter au mieux la politique sociale en matière de jeunesse et d’optimiser par ce biais l’aide apportée aux jeunes.

Dans le précédent diagnostic social (2017) et dans le but de servir la politique de prévention générale, les trois AMO présentes sur le territoire de la commune de Schaerbeek s’étaient réunies pour partager leurs constats, il s’agit respectivement d’AMOS, de La Gerbe-AMO et d’AtMOsphères. Les travailleurs de l’époque avaient mis en évidence quatre terrains d’action sur lesquelles ils souhaitaient se concentrer particulièrement  : l’école, les MENA, les 18-25 ans et le soutien à la parentalité.

Pour chacun des terrains d’action précités, les travailleurs avaient repris les thématiques qui ressortaient du diagnostic de 2013, à savoir : les limites du travail social en AMO et les difficultés de construction identitaire des jeunes. Ces thématiques furent croisées avec les terrains d’actions.

Cette année, les terrains d’action que nous souhaitons aborder sont les suivants  : l’école, la famille et l’espace public. Nous souhaitons croiser ces terrains d’action avec les thématiques suivantes  : la santé mentale, la sexualité et l’autorité parentale.

La législation relative aux AMO ayant changé, avant d’entrer dans le vif du sujet et d’aborder les différents terrains d’action énoncés ci-avant, nous consacrerons le premier chapitre à une présentation de notre service et des missions qui nous sont conférées.

Chapitre I  : présentation du service

En tant que service d’Actions en Milieu Ouvert (AMO), notre mission principale est «  de réaliser des actions de prévention sociale et éducative, au bénéfice des jeunes d’une zone d’action déterminée, dans leur milieu de vie et dans leurs rapports avec leur environnement social, en l’absence de mandat administratif ou judiciaire  ». Complémentairement à cette mission principale et sans porter préjudice à celle-ci, les AMO peuvent développer une action spécifique extraordinaire, moyennant information préalable de l’administration compétente.

Le diagnostic social se fonde sur :

«  1° un travail d’analyse du milieu de vie des jeunes;

2° un travail d’analyse des demandes individuelles et collectives;

3° une réflexion relative à la prise en compte de la parole des jeunes ».

Section I  : La prévention éducative

La prévention éducative, anciennement appelée l’aide individuelle est la mission principale des services d’action en milieu ouvert (AMO).

«  Cette action comprend principalement : 1° un travail d’écoute et de valorisation; 2° une orientation; 3° un accompagnement individuel; 4° une mise en œuvre d’outils de médiation entre le jeune, sa famille et ses familiers ainsi qu’un soutien à celle-ci dans l’exercice de ses responsabilités parentales; 5° des actions collectives en vue d’initier et de renforcer des liens de confiance entre les bénéficiaires et le service ainsi que de faciliter l’émergence de la parole des jeunes  ».

Elle s’organise autour du travail de permanence sociale et de la gestion de dossiers.

Par là, on entend, le travail d’information et de soutien aux jeunes et à leurs familles dans toutes démarches pour lesquelles ils sollicitent notre aide, pour peu qu’il s’agisse d’une demande qui concerne directement l’intérêt du jeune. Si la demande formulée n’est pas de notre ressort (ne concerne pas directement le jeune), nous nous faisons fort de rediriger les parents vers un service social qui traite ladite demande.

Pour permettre aux jeunes de formuler leurs questions, nous tenons quatre permanences sociales par semaine en nos bureaux  ; les lundis, mercredis et vendredis de 13h à 17h et le samedi de 10h à 13h. Si un jeune ou des parents se présentent au service en-dehors de ces heures, nous proposons de repasser au moment d’une des permanences, voire le cas échéant, nous fixons un rendez-vous si le jeune/les parents ne peuvent se libérer au moment des permanences.

Cependant, il est aussi possible pour les jeunes qui ne franchissent pas la porte de l’AMO d’adresser leurs questions à nos travailleurs de rue qui circulent selon un parcours au sein du quartier schaerbeekois, les permanences se tiennent les mardis et jeudis de 15h à 17h30 et le samedi de 13h30 à 17h30. Nous effectuons également du travail social de rue devant les écoles du quartier les mardis, mercredis, jeudis et vendredis de 12h à 13h.

Il faut préciser que l’aide fournie est non contrainte – les AMO étant des services d’aide à la jeunesse non-mandatés – et fournie dans le respect du secret professionnel, donc aucune information ne peut être transmise (au tribunal de la jeunesse, par exemple) sans l’accord du jeune.

Le jeune ou le/les parents peuvent également formuler une demande via e-mail ou téléphone, mais dans ce cas, nous ne répondons qu’aux questions d’orientation, toute demande nécessitant un travail de recherche de notre part est renvoyée vers la permanence sociale.

Section II  : La prévention sociale

Le second axe de travail des AMO est la prévention sociale, faisant anciennement référence à l’axe communautaire, qui renferme tous les projets développés par le service ayant une visée dépassant l’individu ou le petit groupe. Par projet communautaire nous entendons toute action menée par le service dont l’impact aura des retombées positives pour tous les jeunes vivants sur le sol belge.

L’action communautaire peut prendre différentes formes, passant de la «  simple  » initiation à la citoyenneté à l’interpellation politique en passant par la découverte d’une activité ou d’une réalité ignorée de notre public. Sa trame de fond, elle, reste toujours l’amélioration des conditions de vie des jeunes.

Les projets développés par AtMOsphères sont  :

 Animations scolaires

 Diables-Zinneke-Duivels (Archive)

 Ecole De Devoirs (EDD)

 Jeunes en rupture: vers une citoyenneté effective

 Projet Escalade (Archive)

 Projet Mosaïque (Archive)

 Projet Viva for Life (Archive)

 Projet Jeu de Rôles

 Quizz

 Projet visant à lutter contre le décrochage scolaire (FSE)

 Ciné Club

Section III  : les activités collectives

Les activités collectives sont des moments privilégiés entre jeunes et membres de l’équipe qui permettent de consolider les rapports de confiance et de respect mutuel en toute convivialité.

Qu’il s’agisse de sorties culturelles (théâtre, cinéma, musée, etc.), d’activités sportives (football, escalade, etc.) ou de moments informels comme le «  tea-time  », les activités collectives constituent le moyen le plus efficace de fidéliser le public qui fréquente la permanence sociale et/ou les groupes qui participent aux projets communautaires de l’AMO.

Les sorties sont organisées à raison d’une fois par mois pour les sorties «  article 27  » et durant les périodes de congés/vacances scolaires, des semaines thématiques sont programmées.

Bien que l’axe collectif soit facultatif selon l’arrêté AMO, il reste un atout non-négligeable dans le développement social de quartier auquel nous nous attelons.

Section IV  : les groupes de travail

Partant du principe que la réflexion n’est rien sans l’action et vice-versa, AtMOsphères est actif dans plusieurs groupes de travail où sont mises en débat des questions de société impliquant les jeunes.

Se reposant sur les constats faits sur le terrain, AtMOsphères tente d’apporter sa contribution à l’émancipation des jeunes dans différentes thématiques sociales où la jeunesse est mise en question.

Par ces participations nous tentons de restés vigilants à ce que l’intégrité des jeunes soit respectée dans les transformations ou les constantes de notre système sociétal.

Chapitre II  : L’école

Section I  : Acteur incontournable des AMO

L’école occupe une place importante du travail effectué au sein des AMO. En effet au sein d’AtMOsphères, nous effectuons chaque année une analyse des demandes par thématique et à la fin de  l’année 2018, nous recensions 43% des demandes concernant la thématique de la scolarité.

Fin 2018, la classe d’âge la plus représentée est celle des 15 à 19 ans, avec 50% des demandes (légère augmentation par rapport à 2017, qui voyait alors un taux de 41%). De plus, les jeunes âgés de 19 ans sont en tête de nos suivis avec 13%, très proches des 18 ans avec 12% et des 17-15 ans avec 10%.

Les demandes concernant la tranche d’âge des 10-14 ans s’élèvent en 2018 tout comme en 2017 à environs 22%.

A l’instar de 2017 qui observait une grande constance dans la tranche d’âge dominante des demandes pour les premiers entretiens : les 15 à 19 ans sont les plus représentés (45.2%), en 2018 nous pouvons observer que la tranche d’âge dominante se trouve dans les 20 à 24 ans (17%).

Section II  : Récit

Nous souhaitons aborder le terrain de la scolarité par un récit qui nous permettra d’expliciter les différents aspects de notre travail et les différents constats établis par les travailleurs du service.

Avril 2019, on organise la projection d’un documentaire à l’AMO sur le «  harcèlement à l’école  », Moh, 17 ans, 3ème professionnelle en travaux de bureaux se joint à nous via son amie Asma 15 ans, inscrite en 2ème différenciée et fréquentant AtMOsphères depuis maintenant 8 mois.

Moh rate souvent les cours, l’école le saoule, les profs sont nuls et jamais là nous dit-il, il déteste son option – il n’y est que parce qu’il s’y est pris trop tard et qu’il n’y avait plus de place en électromécanique, il veut changer et aller dans une autre école. Cependant, il ne sait pas vraiment quoi faire, il veut devenir «  patron  », avoir sa boîte et surtout plein d’argent. Il aime bien la comptabilité et le droit, il veut des cours avec ces matières. Par ailleurs, Moh est en échec en mathématiques et a beaucoup de mal avec les cours théoriques, il était en deuxième différenciée et est passé en 3P car il avait déjà passé 3 ans dans le premier degré. De plus, il s’avère qu’il ne sache pas réellement pourquoi il «  aime  » les cours de comptabilité et de droit, cours qu’il n’a jamais suivi, mais il pense que ces cours l’aideront à devenir «  business man  ».

La maman de Moh condamnent les profs, ils ont pris son fils pour cible, les écoles sont mauvaises dans le quartier, avec ses mots, elle parle d’inégalités socio-économiques.

Asma quant à elle vient très souvent au service. À la maison et à l’école, ça ne se passe pas très bien, elle à besoin de beaucoup d’attention, en particulier celle des garçons, au grand désespoir de ses parents qui ne savent plus quelle stratégie adopter pour que leur fille les écoute. Asma aime bien traîner dans la rue, à l’école, dès qu’elle est licenciée, elle ne va pas à l’étude et part avec ses copines vaquer dans les parcs et déambuler dans les rues – de toute façon l’école ne surveille pas et lorsqu’elle arrive en retard, elle ne peut pas entrer dans l’établissement. De plus, s’il y a cours de gym elle part en courant, de toute façon elle repassera l’examen et voilà, la prof est sympa elle lui mettra peut-être la moyenne avec un peu de chance si elle se montre assidue à un ou deux cours. Avec un peu de chance également, le prof de néerlandais ne sera pas là lors des examens de passage et tous les élèves obtiendront la moyenne, comme l’année passée, même sans entrer dans la salle de cours.

Les parents de la jeune fille se questionnent sur les endroits où elle va, il suffirait pourtant de suivre ses posts Instagram, équivalents d’un GPS avec option photos et commentaires! Ses parents bien sûr ne savent pas qu’elle possède toujours un compte, ils lui ont déjà confisqué son GSM et n’ont aucune idée qu’elle en possède un deuxième.

§ I  : Constats

A travers ce récit, nous souhaitons mettre en avant différents constats que nous avons pu établir autour de la question scolaire via le travail effectué par nos services  :

– Comme nous l’avons énoncé plus haut, la majorité des demandes faites par les jeunes sont liées à la scolarité, il y a bien sûr les recours, inscriptions, changement d’école – d’option, orientation, etc. mais une thématique prend de l’ampleur  au sein de l’école, les problèmes liés au cyber harcèlement, aux réseaux sociaux et à la sexualité des jeunes et nous sommes témoins de l’impact de ce phénomène à l’école (absentéisme des élèves, décrochage, santé mentale, violences, etc.).

La technologie  évolue, les problèmes des réseaux sociaux existaient déjà mais ils s’accentuent et maintenant il y a aussi l’image. Cependant, il faut se dire que ça reste des enfants, il ne faut pas encourager le stigmate. L’école et les parents doivent s’investir dans l’éducation.

Le phénomène du harcèlement scolaire n’est pas nouveau, seulement il s’intensifie et connait un nouveau visage  ; le cyber harcèlement. L’hyper connexion est le maître mot des nouvelles générations d’aujourd’hui.

Le vocabulaire des jeunes, leur manière de parler  : la profération d’insultes constantes est la nouvelle manière de communiquer  ! Les travailleurs de terrain s’inquiète également de l’éducation donnée par les parents lorsqu’ils entendent certains encourager leurs enfants à user de la violence (si on te frappe 1X, tu frappes 2X en retour).

– Nous constatons également des gros soucis d’absentéisme scolaire et de découragement des enfants/jeunes, on entend souvent le discours «  à quoi bon  ?  ». Il n’y a pas de profs (absentéisme des professeurs) ou ceux qui sont là t’engueulent ou ne savent pas gérer leur classe et de toute façon il n’y pas de travail pour eux plus tard, le diplôme ne sert à rien.

 Phénomène de relégation  ; l’école est devenue le parking  : là où on attend, on stagne pour devenir un «  youtuber  », se faire de l’argent facile à volonté de l’AMO de ramener l’implication des familles au centre de l’éducation des enfants.

– Par ailleurs, il y a différents niveaux avant d’atteindre l’abandon scolaire actif et toutes ces étapes comptent. Nous faisons face à du désengagement scolaire, du décrochage scolaire passif… il y a également de nombreux jeunes qui, bien qu’ils fréquentent l’école, ne comprennent pas le sens de l’école, prennent des options sans réfléchir parce qu’il faut aller à l’école mais sans conviction. Certains doublent et ne s’en préoccupent pas plus, ils attendent d’avoir 18 ans pour pouvoir travailler. Ils ne croient pas au système éducatif tel qu’il est établi. Ils ont du mal à se projeter dans le futur, à une question telle que «  tu vas faire quoi l’année prochaine  ?  », ils répondent «  j’irai là où il y a de la place  ». D’autres ont plus de 18 ans et sont toujours à l’école et pour eux tant que tu es à l’école c’est bon, même si tu n’es pas investi.

– Ensuite, il y a également le problème des inégalités scolaires, des «  mauvaise écoles  », favorisant l’émergence des stigmates. En effet, nous constatons qu’au niveau du quartier, il y a plein d’écoles à discrimination positive connaissant des hauts taux de décrochage et une réputation peu recommandable. Certains élèves nous rapportent qu’ils ont peur des grands à l’école.

Lorsqu’on nous dit qu’on est dans une école poubelle, que notre niveau est inférieur, que c’est rare que toutes les heures de cours sont maintenues sur la journée entière  ; une mauvaise estime de soi – une perte de confiance – une acceptation du stigmate a lieu  cela à d’ailleurs un impact au niveau de la santé mentale des jeunes.

– Autre constat en 2018 dans une école du quartier le taux de réussite pour le CEB était de 58%. Dans une autre, le taux était inférieur à 50%. Dans certaines école, on met fin à la collaboration entre les services, fin du projet Amarrages dans une école en raison de conflit avec les profs, le PO, les éducs, etc.).

– Au niveau de l’autorité  on parle d’une part de parents «  démissionnés  » – qui ne reçoivent pas de légitimité  de la part de l’école – et d’autre part on entend de la part des enseignants une perte d’autorité vis-à-vis des élèves.

– La gestion de crise est à travailler à ce n’est pas parce que tu vas chez l’éducateur que tu es une balance, non il y a un cadre.

– Nous constatons que pour beaucoup de jeunes, l’école n’est plus un moyen de s’émanciper aujourd’hui, ils n’y croient plus. L’idée maintenant pour réussir c’est de gagner de l’argent et ça doit se faire rapidement, sans trop d’efforts. Mythe du «  youtuber  » à je vais gagner ma vie via les réseaux.

Pour illustrer ces propos voici le refrain d’une chanson de Kery James intitulée «  L’impasse  », qui nous semble révélateurs  :

«  C’est maintenant qu’il m’faut des thunes


Dis moi ça sert à quoi d’faire des études  ?


De toute façon en France on est grillés


J’ai pas besoin d’leurs diplômes il m’faut des billets  »

§ II  : Différents terrains d’action 

En tant qu’AMO, nous avons deux missions de prévention  : la prévention éducative et la prévention sociale.

D’une part, lorsqu’une demande est formulée par un jeune et qu’une démarche est effectuée, nous ouvrons un dossier pour le jeune et un travailleur lui est attribué. Ce dernier effectuera un suivi individuel avec le jeune, en lui offrant une écoute attentive, lui offrant une orientation, un accompagnement individuel, permettant un soutien à la parentalité… il s’agit de la prévention éducative.

Ensuite, en plus du suivi individuel, nous travaillons sur l’environnement social du jeune, nous essayons de les aider à s’émanciper, à se battre pour leur droit, nous aidons à faire entendre leur voix, leurs difficultés et leurs besoins aux instances sociales, administrative et politiques. Concernant la thématique scolaire, nous exerçons cette action de prévention sociale notamment via la mise en place de projets au sein de l’AMO, par ailleurs nous développons également des partenariats avec d’autres acteurs sociaux.

Ce que nous mettons en place au sein du service  :

Nous sommes particulièrement investis dans un projet de lutte contre le décrochage scolaire et dans une école des devoirs.

1. Projet de lutte contre le décrochage scolaire  :

En 2015, un appel un projet est lancé et ce dernier s’inscrit dans la mise en œuvre du décret intersectoriel du 21 novembre 2013. Ce décret encourage la mise en place de partenariats de lutte contre le décrochage scolaire et une coopération intersectorielle entre l’Enseignement et l’Aide à la jeunesse. C’est donc dans le cadre d’un projet Amarrages que ce projet est pris en charge par notre service depuis la fin de l’année 2017. Il s’agit d’un projet soutenu par le Fonds Social Européen et la Communauté française pour lutter contre l’absentéisme et le décrochage scolaire.

En tant qu’AMO, nous constatons que l’existence de ces projets FSE a permis une ouverture des portes des écoles envers nos services qui est tout à fait différente de ce qui précédait. C’est dès lors une opportunité de créer des liens avec l’école et cela nous ouvre une nouvelle entrée pour venir en aide aux jeunes.

Ces projets sont mis en place pour lutter contre le décrochage scolaire. Nous voulons rappeler que bien que la notion de décrochage soit souvent associée à l’accumulation d’échecs et au désengagement scolaire, les trajectoires menant au décrochage sont hétérogènes et ces causes, bien qu’elles existent, ne sont pas les seules poussant un jeune à décrocher. Il existe en effet de nombreuses situations pouvant pousser un jeune à quitter l’école et en tant qu’AMO nous pouvons travailler sur ces différents domaines avec les jeunes.

Les constats chiffrés quant au décrochage scolaire en Région de Bruxelles-Capitale

En Belgique, l’obligation scolaire débute à l’âge de 6 ans et se termine à 18 ans. De nombreux jeunes en Région de Bruxelles-Capitale présentent un risque de décrochage scolaire. Ces dernières années, un nombre non négligeable de jeunes en RBC quittent l’école sans diplôme de l’enseignement secondaire supérieur. «  Selon les calculs de Galand e.a. (2011), 45 % des jeunes de la Région de Bruxelles-Capitale présentent un risque de décrochage scolaire : ils s’absentent, envisagent d’abandonner l’école et pensent même pouvoir en tirer un avantage. Ces dernières années, entre 15 % et 20 % des jeunes de la Région de Bruxelles-Capitale quittent l’école sans diplôme de l’enseignement secondaire supérieur (Chenu & Blondin, s.d.)  ».

De manière plus spécifique, l’IWEPS recense un taux de 10,7% de jeunes ayant quittés l’enseignement de manière prématurée en RBC en 2018.

Ce pourcentage représente le taux d’abandon scolaire précoce qui est une des formes que recouvre le décrochage scolaire que l’on appelle «  actif  ».

Le pourcentage des jeunes NEET (qui ne sont pas dans l’enseignement ou en formation et n’ont pas d’emploi) pour la tranche d’âge des 18 – 24ans s’élevait  entre 13,3 et 16,6% en RBC  :

Selon EUROSTAT, Statbel, Enquête sur les forces de travail, calculs : SPF ETCS à 12% pour la Belgique en 2014, et à 9,2% en 2018. A l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale, ce chiffre passe de 15,8% en 2014 à 13,3% en 2018, pourcentage le plus élevé du Royaume.

– Selon perspective.brussels, l’enquête sur les forces de travail pour l’année 2018 donne un taux de 14,8% en RBC.

– Selon l’IWEPS, le taux s’élève à 16,6 %.

S’il on s’intéresse davantage aux tranches d’âge, ce pourcentage de NEET augmente avec le temps  : en Région de Bruxelles-Capitale pour l’année 2018, le pourcentage de NEET ayant entre 15 et 19ans est de 7% et il passe à 18,8% pour la tranche d’âge des 20 – 24 ans.

Les chiffres présentés ci-dessous montrent donc l’importance d’apporter un soutien et une aide à ces jeunes en vue de les réintégrer dans un parcours scolaire, en formation ou à l’emploi. En effet, bien que les chiffres baissent entre 2014 et 2018, ces taux restent élevés, en particuliers en Région de Bruxelles-Capitale. Réintégrer ces jeunes NEET est d’ailleurs devenu une véritable priorité pour le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale telle qu’il l’a acté le 26 avril 2018 dans l’objectif 7 de la Stratégie coordonnée de lutte contre le décrochage scolaire en Région Bruxelloise.

La catégorie d’âge des 18-22 ans

Le nouveau projet FSE que nous menons au sein d’AtMOsphères s’adresse particulièrement aux jeunes âgés de 18 ans et plus. Une recherche menée en 2018 met notamment en avant l’existence de difficultés apparaissant plus tard dans la scolarité des jeunes, les auteurs ajoutent que d’autres caractéristiques peuvent entrer en compte dans les raisons poussant au décrochage, tels que les milieux au sein desquels les jeunes évoluent.

Au cours de ces deux dernières années, nous avons travaillé avec la tranche d’âge des 15-18 ans (nous avons déjà collaboré avec 42 écoles via l’Administration générale de l’Enseignement) et nous avons pu nous rendre compte que les jeunes ayant atteint l’âge de 18 ans étaient également fort touchés par le phénomène du désengagement scolaire. Le nouvel objectif en cette nouvelle année est de travailler avec les jeunes de plus de 18 ans en les accompagnants dans la mise en place d’un projet de vie.

Comme l’expose la Fédération Wallonie-Bruxelles dans la présentation de ses statistiques pour l’année 2018  : «  À partir de 17 ans, et surtout à partir de 18 ans qui correspond à la fin de l’obligation scolaire, les taux de scolarisation diminuent dans l’enseignement secondaire. C’est en effet l’âge théorique d’entrée dans l’enseignement supérieur (18 ans). Il reste cependant qu’une large partie de la population a accumulé un retard puisque 60% des jeunes de 18 ans fréquentent encore l’enseignement secondaire. Le taux d’élèves en retard se résorbe ensuite lentement. À noter que 19% des jeunes de 20 ans sont encore scolarisés dans le secondaire  ».

«  En cinquième année, ce sont plus de 60% des élèves qui ont dépassé l’âge légal de scolarisation. La diminution du retard scolaire entre la cinquième et la sixième année secondaire de plein exercice peut s’expliquer par les départs vers la formation ou l’enseignement en alternance et les abandons, principalement pour des élèves ayant atteint l’âge de dix-huit ans, limite de l’obligation scolaire  ».

2. L’école des devoirs (EDD)

En ce qui concerne l’évaluation des actions menées dans le cadre des écoles de devoirs mises en place par AtMOsphères voici une liste des constats que nous pouvons faire  :

 les projets d’EDD rencontrent une demande en constante croissance et l’offre est à la limite de la saturation.

 la majorité des jeunes sont en secondaire, il n’y a plus qu’un jeune de l’EDD qui est en primaire (au contraire de ce que nous avions relevé dans le DS précédent).

Au sein d’AtMOsphères, depuis le dernier diagnostic social de 2017, les difficultés rencontrées par les jeunes de l’école des devoirs sont principalement dans deux matières  : en math et en français, cependant de grosses difficultés sont également rapportées en néerlandais.

 le passage du primaire au secondaire est problématique surtout par rapport au manque de méthode de travail.

 Tout comme lors du DS précédent, la question des exclusions scolaires reste importante dans le parcours des jeunes.

 Les parents n’ont pas les moyens de seconder leurs enfants à l’école, il existe un absentéisme des profs, etc. il est nécessaire de continuer cette action car elle reste un lieu où les jeunes peuvent prendre du recul, travailler dans le calme et surtout raccrocher avec le désir d’apprendre.

 Effet placebo  de l’EDD: l’école n’organise plus l’étude, les parents ne secondent pas. Il s’agit d’essayer de palier à l’offre scolaire.

 Confusion entre soutien scolaire et EDD  les parents se disent déçus car à l’EDD chaque enfant ne peut pas revoir les matières qu’il ne comprend pas – c’est plus de l’aide à faire les devoirs et non pas combler les lacunes dans les matières – ce que les parents veulent = soutien scolaire mais cher et peu de services  il faudrait plus de structures qui aident les jeunes à combler leur lacune et pas juste mettre un pansement.

Des questions avaient été soulevées lors du DS de 2017 et nous constatons que ces questions sont toujours d’actualité  :

 Qu’en est-il de l’effet pervers de la gratuité de ce projet? Nous constatons à nouveau l’assimilation par les parents de l’EDD à une garderie.

 La question de l’efficacité du projet quant au personnel qui encadre l’école des devoirs, l’aménagement des locaux… (isolement de ceux qui souhaitent étudier, de ceux qui chahutent etc.) ?  Idée de mettre un cadre cohérant et structurant pour les enfants, les adolescents, les parents mais aussi les travailleurs.

3. Les partenariats et implications

Implications  : nous participons à «  parcours ton orientation  » depuis quelques années pour les élèves de 2ème secondaire (organisé par le service de prévention scolaire de la commune de Schaerbeek «  DECLIC  »). Nous participons également à un projet FSE qui vise a renouer le lien entre les élèves, les parents et l’équipe éducative au sein d’une école voisine à notre service en organisant différents actions tout au long de l’année comme la participation de notre service à la rentrée du premier degré ou encore la mise en place de petit déjeuner dans les classes avec les parents les professeurs et les élèves.

D’autres partenariats dans les écoles sont en cours de réalisation: projets tel que «  la rentrée, il faut y penser  », membre du réseau scolaire schaerbeekois (RSS qui reprend DECLIC + les 3 AMOS de Schaerbeek  : la Gerbe, AMOS et AtMOsphères), projet joutes verbales et animations au sein des écoles… L’objectif de ces groupes est de sensibiliser un maximum le public, les travailleurs de terrain ou encore le monde politique aux difficultés qui naissent à l’école.

Partenariats  :

– NicetoNEETyou

– Centre FAC

– EFP

– SIEP

– Cité des Métiers

– Infor Jeunes

– SAS

– CEFA

– Ecoles (dont l’Institut Sainte-Marie la Sagesse)

– Réseau scolaire schaerbeekois (composé de Déclic – service breveté de la commune de Schaerbeek, AMOS AMO, la Gerbe AMO et AtMOsphères AMO).

– Plate forme enseignement aide à la jeunesse

– Autres AMO (le CEMO, Promo jeune AMO, AMO Rytme, Atouts jeunes, SDJ, etc.)

– …

Partenaires spécifiques au public des 18-22 ans  :

– Work2Start

– Team4Job

– Duo for a job

– Différentes missions locales de Bruxelles

– Actiris

– Les CPAS de Bruxelles

– Episol

– Bruxelles Formation

– …

§ III  : Les questionnements qui restent 

Par ailleurs, nous nous interrogeons toujours sur la connaissance que les écoles ont du tissu associatif qui les entoure et surtout sur la connaissance par les enseignants et les institutions scolaires des AMO de manière plus générale.

§ IV  : Que pouvons-nous mettre en place  ?

 Continuer à travailler sur le lien de confiance avec les jeunes et la mise en place d’animations/activités qui permettront aux jeunes d’avoir les meilleurs outils et connaissances en leur possession pour faire les bons choix et les guider dans leurs parcours de vie.

 Travailler à travers les différentes sphères  : avec les professeurs, les éducateurs, les parents, les instances administratives, sociales et politiques.

 Comment investir les parents  ? Il existe déjà une coalition des parents (+-450 parents). Les parents sont super motivés, si au sein de chaque AMO on met en place un collectif de parent, on récoltera plus de parents et leur voix aura plus de poids à pour faire des choses concrètes, il faut rendre la place des parents aux parents.

 Les politiciens ont leur vision  : «  les bandes de jeunes, les parents démissionnaires, etc.  » à il faut mettre en lumière les réalités sociales: les inégalités sont visibles, les écoles sont connues, il y a les statistiques de réussites par écoles et on ne veut pas les donner. Rendre visible ce qui est invisible («  interpell’Action AMO  »).

 Chercher des moyens de revaloriser les profs – leur montrer que leur point de vue est écouté. L’école est un lieu de socialisation en plus d’un lieu d’apprentissage à il y a des inégalités scolaires.

 Via la poursuite des EDD pour travailler avec les enfants et la mise en place d’un conseil des enfants.

 Via des actions collectives entre travailleurs de première ligne.

Section III  : Conclusion partie scolaire

§ 1  : Récapitulatif des constats faits au niveau de l’école  :

– L’impact du cyber harcèlement, via les réseaux sociaux et souvent pour liés à des questions de sexualité.

– L’importance de l’absentéisme des élèves et des profs – manque de motivation, d’intérêt pour la sphère scolaire.

– Les différences de «  qualité  » des écoles –les inégalités scolaires.

– La méconnaissance des choix d’options – le désinvestissement pour l’école – le manque de foi en le système scolaire.

– Le manque de moyens en termes de temps et d’argent et de réelles implications pour les questions scolaires par les instances politique.

§2  : Récapitulatif des démarches entreprises

– Prévention éducative – suivis individuels

– Prévention sociale

 Projet de lutte contre le décrochage scolaire (FSE)

 Ecole des devoirs

 Implications dans groupes de travail et partenariats

§3  : Récapitulatif des démarches à entreprendre/ à poursuivre

– Renforcement du lien de confiance par le suivi individuel et les projets mis en place par l’AMO

– Renforcement de la collaboration et de l’échange de bonnes pratiques avec les autres membres du réseau scolaire Schaerbeekois ainsi qu’à un spectre plus large touchant les intervenants de premières lignes.

– Elargissement du partenariat entres les différents services  : planning, AMO, SAS, Ecoles, PMS, SIEP…

Chapitre II  : Les jeunes et l’occupation de l’espace urbain.

Section I  : Historique  :

Depuis sa création, l’APAJ-AMO, devenue AtMOsphères a eu comme thématique principale de travail, l’accès à l’enseignement, thématique qui s’est élargie quelques années plus tard à l’accès à la culture et qui s’est étendu ses dernières années à une troisième thématique,  la citoyenneté et au travail social de rue.

A ses origines, l’AMO était confinées dans les murs de l’institution APAJ. Pas de travail social de rue, ni d’animations en-dehors des groupes classes des 2 formations prodiguées au sein de l’APAJ (aft pré-formation du bâtiment et section professionnelle plomberie de l’école APAJ).

Suite à la reconnaissance du service en tant qu’AMO, nous avons connu un essor sans précédent, qui permit à l’équipe de prendre une part active non seulement dans la vie associative du quartier, mais plus important encore de développer la visibilité du service auprès des jeunes.

L’APAJ-AMO devenue AtMOsphères AMO s’est dotée de l’outil travail social de rue, pour à l’époque se mettre au service des jeunes du quartier dit «  Dupont-Reine-Verte  » (quartier où l’action d’AtMOsphères s’est développée après l’émancipation de l’APAJ) qui comme beaucoup de jeunes avaient du mal à franchir la porte d’un service qui se trouvait «  une rue trop loin  » par rapport à leur sphère de sécurité.

Après cette expérience pilote, le nombre de travailleurs présents au regard de la charge des actions en cours à l’époque et la lourdeur des projets a petit à petit impacter la mise en place du travail social de rue et il fut ainsi finalement mit en stand by, au profit d’une permanence fixe dans un lieu très fréquenté par les jeunes (Salle «  58  », rue Dupont à 1030 Bxl).

La salle 58 où se déroulait la permanence fut fermée plus d’un an pour travaux de rénovation. Avec cette fermeture et la migration des partenaires sur un autre quartier, il fallait repenser le contact de quartier et le travail social de rue fut remis sur pied avec le soutien de nouvelles recrues ayant déjà une expérience dans domaine.

A cette époque forte de 3 travailleurs de rue, l’AMO reprit le chemin de la rue avec de nouveaux objectifs.

En effet, si l’équipe avait changé, le quartier et les jeunes aussi. C’était l’époque où l’étau se resserrait autour de l’accueil des MENA et l’arrivage de nouvelles populations migrantes (Roms et Bulgares).

Ces deux types de populations étaient particulièrement présents, sur les espaces publics jouxtant l’AMO et plus généralement le quartier de la place de la Reine à la place Lehon.

Un travail de repérage fut d’abord effectué avant d’établir le nouveau parcours, qui s’il n’oubliait pas le quartier historique du service englobait à présent un espace plus vaste en s’étendant à la place de la reine, la place Lehon et les rues attenantes et passant par le parc «  Reine-verte  », qui a ouvert ses portes au centre du quartier Dupont Reine-Verte.

Avec cette nouvelle mouture du travail social de rue, le nombre de permanence et leur durée furent aussi augmentés  : pour deux permanences de 2h à ses débuts, le travail social de rue passait à 2 permanences de 2h30, plus 3 permanences d’1h sur le temps de midi devant les écoles fréquentées par notre public.

Le travail social de rue s’organisait et se développait  : de tournées avec peu de haltes, on passa au système d’occupation positive de l’espace public en proposant diverses activités aux jeunes présents sur les places où nous faisions arrêt (chose auparavant impossible, le parcours ne le permettant pas), et durant les vacances scolaires des semaines complètes d’animation sur les places LEHON et de la Reine.

Au matériel d’animation investi (matériel de jonglerie, ballons de basket et foot, jeux grandeur nature, …) s’ajoutait un nouvel outil de quantification et d’évaluation statistique  : «  la grille de Nabil  » (nommée en rapport du stagiaire de l’équipe qui contribua à son élaboration).

Avec le déménagement du service il y a deux ans de cela, le travail social de rue a dû subir une nouvelle mutation. AtMOsphères ayant établi ses quartiers au 450 de la chaussée de Haecht et le public «  vieillissant  » et délaissant certains lieux (comme notamment la place de la Reine et le parc Reine-Verte).

Aujourd’hui, si le nombre de permanences, leur durée et le parcours ont peu changés en 3 ans, sa réalité de terrain elle est bien différente.

Les problématiques rencontrées en AMO évoluent et le travail social de rue doit s’y adapter. Le travail social de rue fait l’objet de nombreux questionnements au sein de l’équipe et notre prochaine mise au vert devrait nous permettre de passer à la loupe ses composantes (parcours, tranche horaire, pratique et objectifs, …) pour l’adapter aux nouvelles réalités du quartier et du service…

Section II  : Public rencontré, constats et questions  :

Nous nous posons de nombreuses questions sur la pertinence de l’outil travail social de rue tel que nous l’utilisons, mais nous évoquerons ici nos observations et questions par rapport au public et à l’infrastructure urbaine.

En plus ou moins une dizaine d’années d’existence au sein de notre service, le travail social de rue aura permis de rencontrer de nombreux jeunes aux histoires bien différentes.

Le public que nous rencontrions en rue il y a quinze ans était le même que celui qui fréquentait nos activités. Les jeunes rencontrés étaient des jeunes belges (majoritairement d’origine turque ou marocaine) ou du moins assimilés, de par leur naissance en Belgique ou la durée de l’établissement de leur famille en Belgique.

A ce public s’est rajouté celui de la communauté guinéenne, première vague significative des nouvelles migrations à Bruxelles, pour ensuite être augmenté par les arrivées des familles roms et bulgares et plus dernièrement par les familles syriennes en exil.

Sur les parcours que nous effectuions/effectuons, nous voyons des lieux principalement investi par une communauté, et d’autres plus mixtes.

Par exemple, le parc Reine-Verte du temps où il figurait sur notre parcours était plutôt fréquenté par quelques jeunes du quartier en après-midi (le parc était fermé en soirée) se cachant pour fumer loin des yeux de leurs parents et voisins ou venu profiter de l’agora space et des étudiants des hautes écoles proches en heure de table ou à l’affut des rares jeunes (du quartier) se faisant un peu d’argent de poche en vendant du cannabis. Ceux rencontrés en chemin étaient soit en mode «  voisins discutant sur le pas de la porte  » ou en chemin pour le domicile. Rares étaient les oisifs et ceux qui s’adonnaient à la délinquance ou au décrochage scolaire et les questions formulées en rue ou relayées vers la permanence physique de l’AMO portaient essentiellement sur les loisirs, la scolarité et des démarches administratives «  classiques  » (entendez par là les documents à remplir comme ceux des diverses allocations, prendre un contact/un rdv avec une institution, donner un conseil d’orientation, …).

Ces demandes ne diffèrent pas de celles rencontrées à la permanence physique et étaient selon nous le baromètre d’un quartier en voie de «  dé-ghettoïsation  »…

Avec l’arrivée de la communauté guinéenne coïncide la première vague d’affluence de questions liées aux MENA’s question qui s’est intensifiée mais qui s’est aussi dramatisée avec le temps et le durcissement de la loi en matière d’accueil des MENA. (Constat sur lequel nous avons d’ailleurs réalisé plusieurs vidéos avec les jeunes à l’époque).

Les questions qui en sont ressorties portaient sur l’accès à l’hébergement provisoire et au logement, les recours contre les refus d’octroi du statut de MENA à cause du très contesté «  test-poignet  »et l’inscription scolaire (ex. DASPA)…

Avec l’arrivée des MENA d’origine afghane ou assimilés (Pashtous), la question de l’hébergement était fort présente, les jeunes demandeurs d’asiles étant à l’époque redirigés des centres d’accueil engorgés vers les hôtels bon marché de la capitale et les rapports étaient souvent tendus entre les jeunes et les patrons d’hôtels plus pressés d’encaisser la compensation financière de l’Etat que d’offrir un logement décent à ces jeunes  ; nous avons d’ailleurs du faire face à une épidémie de galle et aux problèmes que cela pu engendrer avec le travail (risque de contagion aux autres jeunes et au travailleurs, comment ne pas vexer sans risque, hygiène …).

Pour les Bulgares et les Roms, avant-dernière migration massive sur nos quartiers d’implantation constatée, les problèmes de régularisation et de logement restèrent d’actualité, la politique migratoire mise en place par l’Etat, avec sa ligne dure imposant de nouveaux critères de recevabilité en un laps de temps très court (cf. un demandeur d’asile ne pouvant fournir assez de témoignage de la véracité de son plaidoyer n’a comme recours de trouver un emploi avec contrat pour pouvoir rester en course). La question de la scolarité n’était pas en reste, car malgré un haut taux d’inscriptions scolaires, nombre de jeunes roms délaissaient l’école avec si ce n’est l’assentiment, le désintérêt des parents ayant eux-mêmes été peu ou prou scolarisés. Mais si les traditions communautaires ont pu avoir un impact sur la scolarité des jeunes d’origine rom, il serait cavalier d’oublier que les écoles du quartier peinaient/peinent de plus en plus à combler l’absentéisme au sein du corps enseignant.

En effet, nous croisions bon nombre de jeunes (toutes communautés d’origine confondues) qui se retrouvaient en rue à des heures indues du fait qu’ils étaient licenciés faute d’enseignants pour leur donner cours. Comment pousser des jeunes à l’assiduité scolaire quand il n’y a aucun intérêt à aller à l’école  ?

La dernière vague significative d’arrivant dans notre quartier d’action est celle des réfugiés syriens.

Si ce public arrive difficilement jusqu’à la porte de notre service, il est souvent rencontré en travail social de rue et la majeure partie des contacts établis et des demandes formulées proviennent de la place Lehon, un de nos lieux d’arrêt privilégiés de nos tournées, où beaucoup d’enfant de la communauté jouent et où les adultes prennent l’air.

Si les travailleurs en permanence de rue évoquent parfois des faits de violences impliquant des Syriens, il s’agit là de problèmes internes à la communauté, des évènements qui restent anecdotiques et concernent des questions qui ne sont pas de notre ressort («  vendetta  » familiales concernant mariages, etc.) la préoccupation principale des parents syriens reste bien simple  : trouver une école pour leurs enfants. Les enfants quant à eux, très friands de nos occupations positives durant l’été formulent essentiellement des demandes en rapport avec les loisirs et les jeux que nous proposerons lors de notre prochain passage sur la place  ; mais en fin de compte, c’est encore très peu de demandes qui nous reviennent de cette tranche de population.

Section III  : Méthodologie de travail et outils de terrain  :

Le travail social de rue est envisagé en 3 temps  :

1) le repérage, qui consiste à effectuer des tournées sans objectif de rencontre des jeunes, mais pour identifier les lieux pertinents à placé sur le trajet des travailleurs. Leur pertinence est évaluée en fonction de l’affluence des jeunes qui les fréquentent. Il est tout aussi important de choisir le moment de la journée où le passage sera effectué.

2) le tracé du parcours  : une fois les lieux et les heures de fréquentation des jeunes, on détermine un parcours «  logique  » (en forme de polygone régulier), que les travailleurs parcourront à des moments de la semaine et à des heures fixes.

3) L’identification du service auprès des jeunes.

Deux «  écoles  » de travail social de rue se côtoient au sein de notre service: l’interventionnisme et le non-interventionnisme  : la première méthode consiste à approcher les jeunes dès le premier contact, avant de se présenter soi-même et de présenter le service. La seconde consiste à ne pas se manifester directement auprès des jeunes, mais de les laisser approcher les travailleurs et les interroger sur leur présence. Les deux méthodes sont éprouvées et leur usage dépend surtout de l’affinité du travailleur, mais le débat est toujours ouvert et fera l’objet d’un point lors de notre prochaine «  mise au vert  ».

Une fois la glace brisée entre jeunes et les travailleurs sociaux de rue de l’AMO, un travail de mise en confiance et de soutien peut commencer  !

Nous tenons 3 types de permanences de rue  :

– Les permanences «  écoles  »  : elles se tiennent du mardi au vendredi de 12h à 13h00  : ces permanences, comme l’indique le nom, se tiennent devant les écoles primaires et secondaires de notre quartier d’implantation, fréquentées notamment par les jeunes qui fréquentent notre service. Leur objectif est de promouvoir le service auprès des élèves, mais aussi auprès des professeurs et des parents présents. Les écoles  «  visitées  » sont à titre d’exemple pour le secondaire l’Athénée F. Blum, Athénée Verwée, et Institut F. Fischer. C’est pour nous l’occasion de promouvoir les activités du service auprès des élèves, de distribuer cartes de visite et flyers.

– Les permanences social de rue «  classiques  »  : elles se tiennent les mardis et jeudis de 15h à 17h30 et depuis l’année dernière, le samedi de 13h30 à 17h30. C’est la tournée du quartier qui inclus les lieux que nous avons identifiez comme pertinents. Le parcours démarre des bureaux d’AtMOsphères et passe par les places Verboeckhoven (cage aux ours), Pavillon, Liedts et Lehon et retour à l’AMO via la place Pogge. Durant les arrêts aux dites places, les travailleurs sociaux de rues engagent la conversation avec les jeunes déjà connus et lancent selon l’occasion et l’affinité une partie de foot ou de basket, une initation à la jonglerie ou tout simplement mettent le matériel emmener à disposition des enfants. La présence récurrente de nos travailleurs à ces lieux à jour et heure dits offrent aux jeunes et aux parents présents l’occasion de poser leurs questions et d’établir un premier contact avec nous. Une fois identifiés et jugés dignes de confiance, les travailleurs sociaux de rues deviennent alors la porte d’entrée vers la permanence «  physique  » (la permanence en nos locaux) pour des demandeurs d’aides à présent rassurés…

– L’occupation de l’espace public  : c’est la formule «  vacances scolaires  » du travail social de rue à AtMOsphères. Durant les périodes de vacances scolaires nous transformons les permanences sociales de rues en moments d’animation. Nous emportons des grands jeux de sociétés emprunté à une ludothèque proche en plus du matériel habituel et nous nous installons sur la place Lehon où on offre aux enfants qui ne sont ni partis en vacances, ni inscrits en stages la possibilité d’avoir une activité qui rompt la monotonie du quotidien. Ces après-midi où les permanences commencent une heure plus tôt (de14h à 17h30) sont bien connues des enfants de la place qui ne manquent pas d’être présents et de passer le mot à leurs amis.

Ces permanences font l’objet d’un rapport après chacune d’entre elles  : «  la grille de Nabil  ».

La grille de Nabil est un petit outil simple et propre à notre service (du moins l’avons-nous construit sans appui extérieur). C’est une grille format A4 qui reprend la date de la permanence, les noms des travailleurs y ayant participé, le nombre de bénéficiaires rencontrés, leur âge et genre, le lieu et l’objet de la demande et une rubrique réservées aux notes/observations des travailleurs.

Cet outil a une utilité limitée en sa mouture actuelle, mais il nous permet d’observe le type de demandes rencontrées en travailleurs sociaux de rue et d’établir des statistiques du nombre de jeunes bénéficiaires.

Comme au fil des ans les publics et lieux de fréquentation évoluent, le travail de rue doit être régulièrement évalué afin de rester pertinent, ce qui m’amène au point suivant…

Section IV  : Perspectives et questionnement  :

Depuis sa mise sur pied en notre service, le travail social de rue a été soumis à de nombreux changements, à l’image des lieux et du public qu’il arrive à toucher.

AtMOsphères ayant déménagé 3 fois depuis les débuts du travail social de rue, le dernier changement d’adresse constitue un tournant pour le service, car si les deux précédentes adresses, fort proches, n’ont eu d’incidence sur le parcours du travail social de rue, le déplacement au 450 de la chaussée de Haecht a provoqué un dilemme pour le travail social de rue, soit nous continuions à l’image de Dynamo AMO a exercer nos tournées sur notre quartier «  historique  », soit nous faisions le pari du renouveau en recentrant le parcours sur le quartier qui allait accueillir nos nouveaux locaux.

Nous avons opté pour le deuxième choix tant par raison d’équipe (de nombreux nouveaux visages dans l’équipe, remplaçant les anciens) que pour une raison plus pragmatique.

En effet, fort de l’expérience de nos collègues éducateurs de rue de la salle «  58  », nous connaissions l’immobilité du public pour qui «  2 rues plus loin  » ressemblent presque à «  visiter un autre continent  ».

Lors de notre prochaine mise au vert, le travail de rue sera réajusté au vu des évaluations et constats de l’équipe. Sans doute le parcours sera-t-il ajusté aux nouvelles réalités perçues auprès de notre public et le nombre d’heures en rue sera peut-être augmenté grâce à l’arrivée d’un travailleur supplémentaire qui devrait se consacrer principalement au travail social de rue.

Les horaires devraient peut-être changer, l’élargissement du public AMO aux 18-22 ans et les nouvelles exigences horaires en AMO mises en place par le ministère changeant quelque peu la donne, de même que les lieux où se poser, certains lieux évoqués par nos jeunes devant encore faire l’objet d’une «  enquête  ».

Section V  :Conclusion  :

AtMOsphères est aujourd’hui une équipe à 80% renouvelée, nouveaux locaux, nouvelle équipe et nouveau conseil d’administration, mais toujours une même volonté, faire du travail de rue un fer de lance de notre arsenal d’aide aux jeunes, efficace et en phase avec son époque, car même la rue change avec le temps et évidence, les jeunes évoluent et leurs attentes et demandes aussi. La prévention est au centre de la philosophie des AMO’s. Être en rue, avec notre optique non-sécuritaire, non jugeante, non-contraignante est essentiel pour appliquer cette philosophie  !

Chapitre IV  : Sexualité-Réseau Sociaux

Section I  : Récit

Au sein de notre AMO, l’équipe a constaté plusieurs situations problématiques autour des réseaux sociaux et de la sexualité, et bien souvent les deux sont en lien.

Le récit suivant permettra de mettre en évidence les demandes récurrentes auprès de l’AMO concernant ces thématiques, afin d’expliquer ensuite les constats des travailleurs et les difficultés qu’ils rencontrent dans le cadre de leurs interventions.

Sara a 14 ans. Elle a un petit copain depuis peu. Parfois, à la demande de son petit ami, elle lui envoie des photos d’elle dénudée.Pour lui faire plaisir, elle accepte souvent des rapprochements physiques alors qu’elle n’en a pas forcément envie.

Un jour, elle apprend que son petit copain a raconté tout ce qu’il se passait entre eux à ses amis, il leur a montré ses photos intimes et les a même partagées sur les réseaux sociaux. Ces photos ont eu un effet boule de neige, chaque personne les a partagées à son tour. Sara apprend cela en tombant sur ses photos sur une page Instagram. Elle a peur que son école, ses proches et surtout ses parents ne l’apprennent.

C’est exactement ce qu’il se passe. Sara est sans cesse harcelée à l’école car ses camarades ont appris l’histoire et diffusent les photos. L’école convoque les parents, leur explique la situation et leur conseille d’inscrire Sara ailleurs, «  pour son bien  ». Les parents se sentent dépassés et s’inquiètent pour leur fille. Ils décident de prendre des mesures pour l’aider, en commençant par supprimer ses comptes sur les réseaux sociaux et confisquer son téléphone, mais Sara trouve toujours un moyen de se connecter en cachette.

Dans sa nouvelle école, peu après son inscription, les anciennes photos ont de nouveau circulé et Sara se fait insulter à l’école ainsi qu’en dehors.

Section II  : Constat au sein de l’AMO

Ce récit permet de mettre en évidence les constats suivants  :

 Rapport du jeune aux réseaux sociaux

 Rapport du jeune à la sexualité

§ 1  : Rapport du jeune aux réseaux sociaux

Les jeunes que nous rencontrons aujourd’hui font partie d’une génération hyper-connectée. Dans le groupe de jeunes que nous rencontrons, tous ont un Smartphone et des comptes sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et Snapchat qui sont des plateformes sur lesquelles les personnes peuvent s’exprimer par le biais de photos/vidéos, sans nécessairement utiliser l’écrit pour communiquer.

Bercés par ces nouveaux moyens de communication, les jeunes aiment photographier et poster tout ce qu’ils vivent, comme si le moment présent n’existe que s’il est posté et vu par des «  amis  ». Certains d’entre eux font difficilement la différence entre les «  vrais  » amis qu’ils ont, et leurs amis virtuels qu’ils n’ont jamais vu en vrai. Effectivement, vu qu’il faut avoir le plus d’amis possible, certains jeunes acceptent n’importe qui, comme des personnes beaucoup plus âgée, ce qui peut mener à une situation potentiellement dangereuse  : plusieurs jeunes filles nous ont confié qu’elles communiquent parfois avec des adultes qu’elles ne connaissent pas sur les réseaux sociaux. Ces personnes ont accès à toutes les photos que la jeune poste.

De cet engouement pour les réseaux sociaux découlent plusieurs conséquences problématiques, comme le harcèlement qui est expliqué dans le récit ci-dessus. Dans ce cas-ci, l’harcèlement du jeune n’a plus de limite. Cela ne se passe plus uniquement en rue ou à l’école, mais continue dans l’intimité du jeune, à n’importe quelle heure via les réseaux sociaux.

§2  : Rapport du jeune à la sexualité

Via Internet sur leur Smartphone, les jeunes ont facilement accès à du contenu qui n’est souvent pas adapté à leur âge (pornographie, certains films et séries à caractère sexuel…) et se forgent ainsi une vision erronée de la vie affective et sexuelle. C’est une problématique qui touche les jeunes de plus en plus tôt. Plusieurs jeunes pensent que lorsqu’ils sont en couple avec une personne, «  l’autre  » a le droit de tout faire ou exiger. Plusieurs jeunes (surtout des jeunes filles) nous ont confié que bien qu’elles n’en ont pas envie, elles ont déjà envoyé des photos d’elles dénudées ou ont exercé certaines pratiques sexuelles afin de satisfaire leur petit copain, de peur de le perdre.

De plus, nous constatons par le biais de nos activités collectives qu’il existe un réel questionnement des jeunes concernant la sexualité. Il est normal à leur âge que ce sujet suscite beaucoup d’intérêt et de questions. Cependant, les travailleurs remarquent qu’il existe plusieurs incompréhensions et préjugés entre les jeunes de sexes opposés ou à l’égard des personnes qui n’ont pas la même orientation sexuelle qu’eux.

Si nous avons voulu insister sur cette thématique et la relever dans le diagnostic social c’est parce que beaucoup de jeunes fréquentant notre service ont été confrontés à des situations problématiques impliquant la sexualité ou les réseaux sociaux et dans la majorité des cas, les deux sont liés.

Ces deux thématiques touchent plutôt les jeunes entre 14 et 18 ans. Concrètement, dans le groupe de jeunes qui fréquentent l’AMO régulièrement dans le cadre des projets communautaires, plus de 50% d’entre eux nous ont déjà adressé une demande d’aide précise pour régler des problèmes qui impliquent la sexualité et les réseaux sociaux. Ce qui revient le plus souvent sont les problèmes résultant d’envois de nudes où les photos des jeunes filles ont été partagées sur les réseaux par le destinataire, il y a également une peur d’avoir été filmée à son insu, il arrive souvent que des rumeurs soient propagées quant à des rapports sexuels passés ou non et enfin les actes sexuels ou relations de proximité peuvent également être dévoilés dans un but d’humiliation ou de vengeance.

Par ailleurs, 90% des jeunes régulièrement présents à l’AMO nous ont déjà confié être confrontés à certains dangers sur les réseaux sociaux. Des demande d’aide nécessitant des démarches particulières ont ainsi été faites à l’équipe pour dépasser le stade de l’écoute et du conseil et de venir concrètement en aide à ces jeunes.

Enfin, 100% des jeunes sont concernés par ces deux problématiques. Ils en sont tous au minimum témoins, souvent ils en ont déjà été victimes, et certains en sont auteurs.

C’est à vue des ces chiffres et de ces demandes récurrentes que nous avons décidé d’en faire une priorité dès la fin de l’année 2019 (moment où la situation concernant le nombre de demandes touchant à la sexualité et les réseaux sociaux ne cessait d’augmenter et il nous a paru absolument nécessaire d’agir pour sensibiliser ces jeunes).

Grâce à nos différents échanges avec les jeunes, nous avons constaté que très peu d’entres eux (particulièrement ceux âgés de 14 ans) ont déjà bénéficié d’une animation de type EVRAS via leur école, et c’est un sujet que tous n’abordent pas avec les adultes autour d’eux (parents, famille…). Dans certaines écoles, les animations EVRAS sont même inexistantes.

De plus, il s’agit d’un public pour qui ses questions sont tabous et ne peuvent être débattues en famille.

Ce manque d’information tend notamment à les renforcer dans leurs fausses interprétations.

Face à cela, nous avons mené des actions et en menons encore pour sensibiliser les jeunes à ces problématiques et leur permettre d’avoir accès à l’information.

Section III  : Actions menées au sein de l’AMO

§1  :Au niveau individuel (prévention éducative):

Lorsqu’un jeune adresse une demande à un travailleur de l’AMO, un dossier à son nom est ouvert et un référent lui est attribué afin de l’accompagner dans sa demande d’aide. Nous proposons un accompagnement pour le jeune, que ce soit de l’écoute ou de l’aide dans ses démarches.

Dans les situations telle que celle expliquée dans le récit ci-dessus, le travailleur accompagne le jeune dans les démarches, comme rechercher une nouvelle école, porter plainte à la police afin que la/les photo(s) soi(en)t retirée des réseaux, etc. Malheureusement les démarches entreprises n’aboutissent pas toujours à une solution efficace pour le jeune.

Effets constatés  :

Dans certaines situations, malgré que le jeune décide de porter plainte à la police, les photos peuvent être retirées des réseaux et ne plus être accessibles au public, mais cela n’empêche pas que les photos soient conservées dans le téléphone d’autres personnes (captures d’écran, etc.). Il faut alors entamer un travail avec le jeune, le préparer à l’éventualité que les photos refassent surface un jour car il n’a aucun pouvoir là-dessus, ce qui est très dur à accepter.

Son estime de soi en prend souvent un coup, suite à toutes les railleries qu’il subit au quotidien. Nous conseillons souvent au jeune de se tourner vers un professionnel pour assurer un suivi psychologique, pour pouvoir en parler et reconstruire une image positive de lui-même car ce travail d’accompagnement psychologique ne peut pas être fait par une AMO. Les travailleurs créent un réseau de partenaires vers lesquel ils peuvent envoyer les jeunes. Il arrive alors que les travailleurs soient mis en difficultés concernant le secret professionnel et le secret médical lorsqu’ils assurent le suivi de la situation.

§2  : Au niveau communautaire (prévention sociale):

Au sein de l’AMO, en parallèle du suivi individuel, nous avons un rôle de prévention sociale. Nous organisons des projets communautaires impliquant les jeunes et nous exerçons également un travail d’interpellation des instances sociales, administratives et politiques.

Pour répondre à la problématique de la sexualité et des réseaux sociaux, nous avons lancé au sein de l’AMO AtMOsphères un nouveau projet à la fin de l’année 2019  : le «  ciné-club  ».

Nous souhaitions donc aborder ces sujets de manière approfondie, tant parce que cela consiste en une demande, mais également par la nécessité que nous y retrouvons. En effet, nous considérons que cet aspect de notre travail est prioritaire.

En pratique, nous souhaitions aborder les thèmes via un support audiovisuel (film, reportage, documentaire, interview, etc.) pour entamer la discussion et attirer l’attention des jeunes, grâce à un outil qui leur parle. L’objectif est d’ensuite approfondir la question sur le long termepour sensibiliser réellement ces derniers. Il peut s’agir d’une rencontre avec un intervenant extérieur, d’un professionnel ou d’une visite d’institution, de lieu, etc.

En raison de leur impact sur notre travail, nous souhaitions aborder deux thématiques en particulier  : l’EVRAS et le racisme. Nous avons décidé de les regrouper sous la thématique du bien-être et du vivre-ensemble. Cependant, nous ouvrons le champ des sujets à aborder avec les jeunes en mettant à leur disposition une boîte dans laquelle ils pourront déposer des idées, en tout anonymat. Il a été expliqué aux jeunes qu’en plus d’inscrire le titre d’un film, il fallait expliquer la thématique sous jacente qu’ils voudraient aborder. De fait, il est essentiel en AMO d’inclure les jeunes dans le processus, condition sine qua non d’une réelle implication et un intérêt de leur part.

Dans ce cadre, la question de la sexualité est donc abordée. Une petite dizaine d’ateliers ont déjà été mis en places, notamment des ateliers chez Garance qui proposent des stages d’auto-défense féministe qui permettent entre autres aux jeunes filles d’apprendre à poser leurs limites et de savoir dire NON.

D’autres actions sont à venir, tels que des ateliers EVRAS en partenariat avec un planning familial. Des animations visant à sensibiliser les jeunes sur la thématique des réseaux sociaux ont également été organisées, comme par exemple une animation «  Je réfléchis et puis je clique  » proposée par Infor Jeunes.

Ce projet entre dans un objectif de prévention, afin de sensibiliser les jeunes. Le but est de permettre aux jeunes d’avoir accès à l’information afin de changer certaines idées préconçues et de les alerter sur certains dangers qu’ils pourraient rencontrer.

Dans ce cadre de prévention sociale, nous visons à élargir nos partenariats, permettre aux différents services capables d’aider les jeunes de se connaître entre eux pour tenter de favoriser l’échange d’outils et de bonnes pratiques. Nous tentons de faire connaître ses services aux écoles etc. car c’est une problématique qui concerne tous les jeunes. Nous considérons qu’il est important de partager ensemble les constats, inquiétudes, pratiques et outils avec les acteurs de premières lignes (écoles, SAS, PMS, AMO, etc.) afin de toucher et de sensibiliser un plus grand nombre de jeunes.

Section IV  : Soutien à la parentalité

Dans les situations comme celle expliquée dans le récit ci-dessus, il arrive souvent que les parents se sentent perdus. Ils ne savent pas quoi faire pour venir en aide à leur enfant. Il arrive fréquemment que la relation entre parents et enfant devienne conflictuelle.

Les parents ont besoin d’une écoute attentive dans ce genre de situation. Ils ont besoin de s’exprimer sur leur ras-le-bol et le sentiment d’impuissance qu’ils éprouvent face à leur enfant. Beaucoup de parents n’ont plus confiance dans les institutions, ils se sentent menés de service en service sans réellement être entendu. Les travailleurs sont souvent amenés à faire ce travail d’écoute avec les parents, bien que ça ne fasse pas partie des objectifs premiers du travail en AMO. Il faut donc travailler ce lien de confiance, pour pouvoir ensuite orienter le parent vers un groupe de soutient à la parentalité ou vers une médiation familiale.

Le travail avec les parents est souvent délicat pour les travailleurs, car ils rencontrent souvent des difficultés concernant le secret professionnel. Par exemple, il arrive souvent que les parents téléphonent à l’AMO pour demander si leur enfant est présent. En effet, certains jeunes instrumentalisent les travailleurs de l’AMO  en disant à leurs parents qu’ils se rendent à un rendez-vous à l’AMO alors qu’ils sont dehors avec des amis.

Certains parents posent également des questions au référent du dossier concernant les confidences que le jeune à partagé en entretien. Le travailleur est alors amené à constamment rappeler le cadre dans lequel il travaille. Il arrive souvent que le parent ait un sentiment d’incompréhension, et pense que les travailleurs des AMO travaillent «  contre eux  ».

Il convient donc de travailler sur la relation parents-travailleurs sociaux, car elle est une source de potentiel conflit. Nous souhaitons l’améliorer car elle peut entraver le travail que nous effectuons avec les jeunes  : il arrive que certains parents interdisent à leur enfant de fréquenter l’AMO.

Nous essayons donc de faire venir les parents au service et de les rencontrer, de bien leur expliquer notre rôle de «  médiateur  » dans la relation parents-enfant.

Nous pensons donc qu’il serait souhaitable de communiquer un maximum sur les missions de l’AMO, de faire comprendre aux parents (via des conseils de parents…) que nous travaillons dans la même direction qu’eux et que notre but est commun  : aider le jeune à trouver un projet de vie qui fait sens pour lui. Expliquer aux parents que si le jeune vient chez nous pour trouver de l’aide ou une écoute, nous sommes un service d’aide à la jeunesse composé de travailleurs sociaux expérimentés, que notre seul but est d’aider le jeune et qu’il est donc préférable que le jeune soit ici avec nous plutôt qu’en rue ou autre. En effet, même si nous sommes contraints de respecter le secret professionnel et que nous ne pouvons pas toujours les informer de la situation, il faut retenir que notre but n’est pas de pousser le jeune contre ses parents mais bien de les aider du mieux que nous pouvons en favorisant un maximum la communication avec les parents.

Dans cette optique, nous faisons partie d’un collectif visant à favoriser le soutien à la parentalité et à réfléchir ensemble sur les relations avec les parents des jeunes. Ce collectif est composé d’association schaerbeekoise et existe depuis 2017.

Chapitre V  : Conclusion générale  :

Section I: Constats

Au regard des thématiques que nous avons souhaité mettre en avant, nous pouvons résumer la situation comme suit  :

· Le mot d’ordre du travail social est de s’orienter de plus en plus vers la transversalité et cela principalement en raison de la complexification des situations individuelles et familiales des jeunes que nous rencontrons.

· Les réalités du quartier dans lequel nous travaillons sont de plus en plus mouvantes.

· Les inégalités sont de plus en plus marquées.

· L’école est un lieu central où peuvent se travailler les questions de citoyenneté et de bien être.

· La question du sens de l’école et de son impact sur le futur se doit d’être au cœur de nos discussions avec les jeunes et les familles.

· Les conflits et les inégalités s’installent et s’imposent à l’école et vice-versa. La conséquence peut consister en un décrochage complet du jeune et une absence de confiance dans les services publics.

· Le droit à l’erreur doit exister et les jeunes doivent être accompagnés dans le processus de responsabilisation et de prise en compte de l’impact de leurs choix et actions.

· La structure familiale a évoluée. Le nombre de familles monoparentales qui nous consultent ne cesse de croitre.

· Le «  pouvoir  » et l’«  autorité  » de la structure familiale semble exploser. Les parents ne parviennent plus à s’imposer face à leur enfant.

· Les jeunes vivent des situations conflictuelles d’adultes et ne vivent plus de vie d’enfants.

· La question des réseaux sociaux et de l’accessibilité à des outils de communication tels que le gsm  pour des publics de plus en plus jeunes pose un souci dans le cadre de l’éducation de ces jeunes.

· Internet devient le parent, l’éducateur et le gsm devient l’ami, le gestionnaire de la vie du jeune.

Section II  : Actions

· Importance de conserver la confiance du jeune pour pouvoir entendre sa parole.

· Importance de multiplier les outils visant à aller vers les jeunes (animation, TSR, camps…).

· Mettre le jeune au centre des projets à la fois au niveau de l’action mais aussi des choix des outils à mettre en place et de la mise en place préalable d’un projet.

· Importance de pouvoir permettre au jeune de transmettre sa parole directement dans les lieux qui le concernent.

· Importance d’apporter une réponse rapide au jeune et cela en raison du fait que le «  temps  » du jeune n’est pas le «  temps  » de l’adulte.

· Importance de permettre au jeune de découvrir le monde et donc de lui permettre d’avoir accès à une mobilité effective et cela peu importe son niveau social.

· Le volet soutien à la parentalité doit pouvoir être renforcé.

· L’accès aux activités extrascolaires (culture, sport, …) et parascolaires doit devenir un droit pour tous indépendamment des moyens financiers des parents.

· L’espace public doit devenir un lieu de vie «  citoyen  » et non un lieu d’insécurité pour les jeunes et cela indépendamment de la question du «  genre  ».

· La connaissance de soi et la connaissance de l’autre sont des facteurs de lutte contre l’individualisme et le communautarisme. En parlant et en partageant avec «  l’autre  », on travaille sur les questions de cohésion et de respect.

· La prévention doit être l’axe de travail principal de l’ensemble des autorités publiques et cela peu importe le niveau de pouvoir (commune, région ou état fédéral).

Table des matières

Introduction 2

Chapitre I  : présentation du service 2

Section I  : La prévention éducative 3

Section II  : La prévention sociale 4

Section III  : les activités collectives 5

Section IV  : les groupes de travail 5

Chapitre II  : L’école 5

Section I  : Acteur incontournable des AMO 5

Section II  : Récit 6

§ I  : Constats 7

§ II  : Différents terrains d’action  9

§ III  : Les questionnements qui restent  14

§ IV  : Que pouvons-nous mettre en place  ? 14

Section III  : Conclusion partie scolaire 15

§ 1  : Récapitulatif des constats faits au niveau de l’école  : 15

§2  : Récapitulatif des démarches entreprises 15

§3  : Récapitulatif des démarches à entreprendre/ à poursuivre 15

Chapitre II  : Les jeunes et l’occupation de l’espace urbain. 16

Section I  : Historique  : 16

Section II  : Public rencontré, constats et questions  : 17

Section III  : Méthodologie de travail et outils de terrain  : 19

Section IV  : Perspectives et questionnement  : 21

Section V  :Conclusion  : 21

Chapitre IV  : Sexualité-Réseau Sociaux 23

Section I  : Récit 23

Section II  : Constat au sein de l’AMO 23

§ 1  : Rapport du jeune aux réseaux sociaux 24

§2  : Rapport du jeune à la sexualité 24

Section III  : Actions menées au sein de l’AMO 25

§1  :Au niveau individuel (prévention éducative): 25

§2  : Au niveau communautaire (prévention sociale): 26

Section IV  : Soutien à la parentalité 27

Chapitre V  : Conclusion générale  : 29

Section I: Constats 29

Section II  : Actions 30