"J'ai manifesté, et voilà pourquoi"

Dina, élève de 5ᵉ secondaire, partage son état d'esprit en cette fin d'année

En cette fin d'année scolaire, Dina a tenu à poser des mots sur ce qu'elle traverse. Élève en 5ᵉ secondaire, option sciences-mathématiques, elle a participé aux mobilisations étudiantes qui ont secoué Bruxelles ces dernières semaines, jusqu'au vote du décret-programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans la nuit du 4 au 5 juin 2026 (ndlr : le texte a été adopté par le Parlement de la FWB peu après 4 h du matin, majorité MR–Les Engagés contre opposition, au terme d'une séance d'environ quatorze heures). Entre la pression des examens, l'inquiétude pour son avenir et le sentiment que les décisions politiques se prennent sur le dos des plus fragiles, elle nous livre son témoignage.

Je me présente : je m'appelle Dina, je suis en 5ᵉ secondaire, en sciences-maths. Mon rêve dans la vie, je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire, j'aimerais avoir plusieurs options possibles, faire de longues études, et pouvoir vivre correctement.

Honnêtement, cette fin d'année, je me sens très mal. C'est énormément de pression. Et c'est en partie pour ça que j'ai manifesté.

Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. D'abord à cause des décisions du gouvernement. Le minerval qui grimpe, le décret-programme, le décret paysage… Pour moi, ce sont des mesures qui se font au détriment de la vie des étudiants.

Ce qui me révolte, c'est qu'on pioche toujours au même endroit. On va chercher l'argent chez les étudiants, chez les gens qui en ont déjà besoin. Du coup, ce sont toujours les mêmes qui souffrent. On nous répète qu'il n'y a pas d'argent mais pour trouver des milliards pour l'armement, là, on sait faire (ndlr : le décret-programme s'inscrit dans un plan d'économies de l'ordre de 500 millions d'euros d'ici 2029, destiné à réduire le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles).

Et ça me touche personnellement. Dans deux ans, je serai à l'université. Un minerval à près de 1 200 €, c'est beaucoup trop pour moi. J'ai aussi des difficultés financières dans ma famille. Quand on ajoute tous les autres frais (les livres, ...) ça devient énorme.

Il n'y a pas que l'argent. Il y a aussi ce qu'on fait subir aux profs. L'année prochaine, on rajoute des heures, et on risque d'avoir plusieurs professeurs différents pour une même matière dans la même semaine (ndlr : le décret-programme prévoit une augmentation de 10 % de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur, sans compensation salariale). Comment voulez-vous qu'un élève s'y retrouve ? Ce n'est pas la meilleure manière d'apprendre. Et puis, on critique souvent les profs dans leur dos  alors que ce sont eux qui transmettent à la jeunesse ce qu'elle a besoin de savoir. Eux aussi ont des droits.

Il y a les examens, aussi. Notre école a supprimé la session de décembre. Résultat : en juin, on doit présenter toute la matière de l'année d'un seul coup. Plus de quatorze chapitres rien qu'en maths et physique, sans compter le français, la chimie, la bio et tout le reste. C'est trop. Et certains profs continuent à donner de la nouvelle matière jusqu'à une semaine avant les examens : comment veut-on qu'on étudie sereinement dans ces conditions ? Je suis stressée, énervée, et je sais que je ne suis pas la seule. Toute ma classe est dans le même état.

Il y a encore la réforme qui arrive pour les plus jeunes. En 1ʳᵉ secondaire, on supprime le choix du latin. Et le néerlandais, on l'impose. Je ne comprends pas qu'on retire des options aux élèves au lieu d'en ajoutersurtout le néerlandais, qu'on sait déjà compliqué pour beaucoup de francophones, et pour lequel on manque même de professeurs (ndlr : dès la rentrée 2026, le latin disparaît effectivement comme option en 1ʳᵉ secondaire, remplacé par des heures d'éducation au numérique, de mathématiques et d'éducation culturelle et artistique ; il deviendrait toutefois obligatoire à raison de deux heures en 2ᵉ secondaire. L'apprentissage de deux langues modernes doit devenir obligatoire dès la 2ᵉ secondaire à partir de 2027-2028, et la ministre Valérie Glatigny souhaite généraliser le néerlandais dès la 3ᵉ primaire à l'horizon 2027).

Et puis il y a eu les manifestations elles-mêmes. Le jour du vote, la police ne nous laissait pas passer. Des accès étaient fermés. On a dû faire le tour de Bruxelles pour trouver un endroit où passer. Comment est-ce possible, dans un pays où manifester est un droit ? Et malgré ça, il y a eu des canons à eau, du gaz lacrymogène sur des étudiants, des interpellations, j'ai vu plusieurs policiers s'y mettre à plusieurs sur une seule personne (ndlr : le 4 juin, plusieurs milliers de personnes dont de nombreux jeunes se sont rassemblées à Bruxelles. Les forces de l'ordre ont fait usage d'un canon à eau et de gaz lacrymogènes, procédé à un encerclement (« nassage ») d'étudiants et à plusieurs interpellations qualifiées de musclées par la presse). Est-ce vraiment l'image de la Belgique qu'on veut montrer ? Je ne pense pas.

Au final, je suis vraiment en colère. Et inquiète pour l'avenir. On nous dit que ces décrets, c'est « pour quatre ans » mais on connaît la chanson : on annonce une durée limitée, puis on maintient. Ce n'est pas normal.

Ce qui me met hors de moi, pour finir, c'est le discours. C'est facile de dire qu'il faut « vivre avec la moitié de son salaire » quand on gagne 10 000 ou 15 000 euros. Mais quand des gens vivent avec 1 200 ou 1 700 euros, c'est une tout autre histoire.

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Dina, 18 ans

Témoignage recueilli auprès de Dina. Les propos ont été remis en forme pour la lecture, sans en modifier le sens. Les précisions entre parenthèses (ndlr) ont été ajoutées par l'équipe d'AtMOsphères

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