AtMOsphères AMO

Projet Pédagogique

Elaboration du projet pédagogique :

Le premier agrément du service AtMOsphères (anciennement APAJ-AMO) comme service d’aide en milieu ouvert a été obtenu le 26 mai 1997. L’agrément du passage en AMO de catégorie 2 s’est déroulé le 2 février 2004, décision confirmée le 11 mai 2006. Un nouveau passage en agrément a lieu à chaque changement de direction, comme le prévoit la législation. A cela s’ajoute le passage en agrément en date du 19 novembre 2013, pour les modifications du décret sur les AMO, avec effet rétroactif au 1er janvier 2012.
Les instances et l’équipe d’AtMOsphères ont été profondément modifiées au cours de ces dernières années, suite aux modifications du projet pédagogique.
En 2010, il paraissait donc judicieux pour tous au sein d’AtMOsphères de redéfinir ensemble et avec notre public les objectifs et le cadre de notre mission.
Le travail de conception et d’écriture du présent projet pédagogique a été réalisé collectivement. Le projet pédagogique a tout d’abord été imaginé en réunion d’équipe avant d’être soumis successivement au Conseil pédagogique, au Conseil d’administration et à l’Assemblée générale d’AtMOsphères, pour enfin être avalisé par l’Aide à la Jeunesse (Commission d’Agrément).
Ce projet pédagogique doit baliser l’action d’AtMOsphères vis-à-vis des jeunes en rappelant, à la fois, notre conception du rôle des services d’aide en milieu ouvert ainsi que les principes essentiels qui doivent baliser avec précision toute action d’AtMOsphères avec un jeune.

Notre action :

AtMOsphères intervient de manière générale au bénéfice de tout jeune mineur de moins de 18 ans, voir aux jeunes de 18 à 20 ans pour qui un dossier a été ouvert avant leur majorité.
Dans la pratique, depuis déjà plusieurs années, le service intervient essentiellement au bénéfice de jeunes en difficulté ainsi que des personnes qui éprouvent de graves difficultés dans l’exécution de leurs obligations parentales.
En outre, le service intervient également au bénéfice de tout jeune dont la santé ou la sécurité est en danger ou dont les conditions d’éducation sont compromises par son comportement, celui de sa famille ou de ses familiers.
L’aide doit être sollicitée par le jeune, sa famille ou une personne proche du jeune ou de sa famille. Le service intervient de manière non contraignante. Le jeune peut toujours mettre fin à cette intervention.
L’aide est octroyée de manière privilégiée dans le milieu de vie et dans le rapport du jeune mineur à l’environnement social. Elle doit tendre à permettre au jeune de se développer et de s’épanouir dans des conditions d’égalité de chances, en vue de son accession à une véritable autonomie.
Située au 35 Place de la Reine à Schaerbeek, AtMOsphères est un service d’aide en milieu ouvert (AMO). Les services A.M.O. sont des services spécialisés de l’Aide à la Jeunesse ; ils s’inscrivent dans une dynamique de prévention générale. Le décret de 1991 définit la prévention comme « l’ensemble des moyens mis en œuvre par la communauté pour éviter la marginalisation des jeunes ». La volonté d’AtMOsphères est d’offrir une aide de première ligne aux jeunes qui s’adressent à elle.

  • Dans le cadre de son action, AtMOsphères valorise particulièrement :
  • Le pluralisme d’une société multiculturelle,
  • La disponibilité et l’adaptabilité, l’ouverture à la formation permanente des travailleurs,
  • La créativité ou la capacité d’inventer des nouvelles solutions,
  • L’autonomie et la solidarité, la perméabilité à la contestation, la capacité d’analyser une situation complexe,
  • Des choix posés dans le respect des autres et dans l’intérêt de tous.

Philosophie de notre action :

A. Sortir du discours sécuritaire, valoriser les atouts des jeunes.

Convaincue qu’une société qui a peur de sa propre jeunesse est une société suicidaire, AtMOsphères agit en faveur des jeunes, en étant persuadée que ceux-ci ne sont nullement « un problème à régler » mais bien, indiscutablement et sans exception, l’avenir de notre société.
Qu’elle soit réelle ou le fruit d’un sentiment, l’insécurité est un phénomène social complexe que la surexposition médiatique et le surinvestissement politique simplifient et amplifient outrancièrement.
Malgré le fait que, par le biais de discours politiques récurrents, le jeune apparaisse de plus en plus comme une menace pour notre société, AtMOsphères fait le pari d’investir massivement dans leur potentiel.
Pour éviter une perversion du rapport de notre société avec sa jeunesse, nous pensons qu’une partie des réponses peuvent être trouvées dans les multiples possibilités qu’offre le secteur de l’Aide à la Jeunesse, de la Jeunesse, … Un examen de ce dernier démontre son dynamisme et sa créativité. Il offre quantité de solutions adaptées qu’il convient probablement d’améliorer, de systématiser et de médiatiser mais qui répondent à l’immense majorité des besoins de la jeunesse actuelle.
Il est plus qu’opportun et socialement constructif de privilégier la voie de la médiation, de la réparation et de la construction sociale, redonnant à chacun l’occasion de prendre ou de reprendre sa place.
Enfin, à nos yeux, il est clair aussi que le renforcement des dispositifs socio-sécuritaires n’est pas une réponse adaptée aux inégalités sociales.

B. Une réalité sociale qui a des conséquences

Selon diverses études, 15% de la population belge est pauvre : elle dispose d’un revenu inférieur à 60% du revenu médian.
Concernant en particulier la situation des mineurs, les chiffres disponibles sont vraiment alarmants : ils indiquent que 17% des enfants de 0 à 15 ans vivent sous le seuil de pauvreté dans le pays et cette proportion est en constante augmentation depuis plusieurs années .
Aucun des droits de l’enfant, (école, santé, vie en famille, …) n’est épargné par la pauvreté. Ne perdons pas de vue l’essentiel : ce sont les enfants des familles les plus démunies qui ne bénéficient que plus difficilement, voire sont exclus, de la jouissance de leurs droits fondamentaux. En effet, la pauvreté est encore et toujours une cause des difficultés sociales et familiales que rencontrent de nombreuses familles. Les questions de l’accès à un logement et à un revenu décents, la lutte contre le surendettement,… doivent constituer des actions prioritaires car elles sont les premières initiatives à prendre en terme d’aide à la jeunesse.
C’est sur le terrain de cette dimension sociale que les réponses doivent être apportées. Et pour ce faire, les AMOs devront multiplier les synergies avec d’autres acteurs (écoles, …).
Il est donc urgent d’améliorer la situation et l’accès aux droits des enfants vivant dans la pauvreté, non seulement parce que la pauvreté affecte le développement de l’enfant mais aussi parce qu’elle met en péril ses perspectives d’avenir.

C. La situation encore plus délicate des primo-arrivants

De manière générale, il est clair que la réalité sociale d’une frange de plus en plus importante de la population, et en particulier des jeunes primo-arrivants, s’est considérablement durcie.
Mais surtout, il apparaît que, de plus en plus souvent, les demandes reçues proviennent de jeunes qui sont exclus des prises en charge institutionnelles « classiques » (comme les mineurs en situation de séjour illégale ou en statut précaire) ou pour lesquels les mécanismes de prise en charge qui existent ont mal fonctionné .
Il nous revient donc …
Les difficultés évoquées par un jeune mineur sont souvent l’aboutissement d’un long processus construit sur des générations; des carences diverses profondes et précoces où les besoins émotionnels n’ont été ni entendus ni reconnus .
Face à cette situation, notre volonté est d’apporter notre pierre à l’édifice, de contribuer à l’émergence d’une société plus juste et respectueuse de sa jeunesse.

  • Lorsque ces jeunes précarisés ou/et en difficulté se présentent chez nous, il nous appartient donc :
  • de les accueillir et de leur apporter une écoute active,
  • de rechercher les solutions les plus épanouissantes pour le bénéficiaire de l’aide,
  • de proposer la solution qui a la meilleure chance de succès, la plus adaptée et la plus accessible,
  • et d’aider à comprendre et interpeller les circuits traditionnels de prise en charge en servant éventuellement d’alliés ou de « facilitateur » auprès d’institutions dont la complexité les rebute et les exclut parfois.

Ainsi, depuis déjà de nombreuses années, AtMOsphères accueille de nombreux jeunes issus principalement de Schaerbeek et cela dans un périmètre de la commune de Schaerbeek délimité comme suit :

  • le jardin botanique et la place Liedts,
  • la Place de la Reine et la rue Dupont,
  • la rue Brabant, la rue Gallait et la rue F.-J. Navez,
  • la Chaussée d’Haecht au niveau de l’hôpital Saint-Etienne,
  • la Place Collignon.

Principes guidant l’action d’AtMOsphères :

A. L’intérêt supérieur de l’enfant

Conformément à l’article 3, a), de la Convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989, dans tous les actes et les décisions concernant un enfant, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale et systématiquement prévaloir sur les intérêts des adultes concernés.
Ainsi, les pouvoirs publics doivent soutenir, par des institutions appropriées, les capacités des moins favorisés à affronter de nouveaux défis. Dans leur famille, dans leur groupe social et culturel, dans leur vie citoyenne.
L’intérêt supérieur de l’enfant constitue pour AtMOsphères la boussole intangible de notre action.

B. Respect des textes protégeant les jeunes

Dans son action avec tout bénéficiaire, AtMOsphères respecte les principes et les dispositions contenus dans :

  • la convention européenne du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
  • la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse;
  • la loi du 30 juillet 1981 tendant à réprimer certains actes inspirés par le racisme ou la xénophobie;
  • le décret du 29 avril 1985 de la Communauté française relatif à la protection des enfants maltraités;
  • la convention européenne du 28 novembre 1987 pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants;
  • la convention internationale du 20 novembre 1989 relative aux droits de l’enfant;
  • le décret de la Communauté française du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse;
  • la loi du 8 décembre 1992 relative à la protection de la vie privée à l’égard des traitements de données à caractère personnel;
  • le Code de déontologie des travailleurs de l’Aide à la Jeunesse du 15 mai 1997;
  • la loi anti-discrimination du 10 mai 2007.

C. Le jeune, « acteur » principal de notre action

La Convention des droits de l’enfant du 20 novembre 1989 énonce clairement la nécessité de respecter les opinions de l’enfant.
En effet, en vertu de son article 12, l’enfant a le droit d’exprimer son opinion sur toute question l’intéressant et son opinion doit être dûment prise en considération.
L’accord du jeune sur chaque démarche entamée est requis, il est le principal acteur de son « projet de vie ». Pour nous, il est essentiel de repositionner le jeune en tant qu’interlocuteur privilégié : c’est à lui que revient prioritairement le droit d’expliquer sa situation – dans son caractère évolutif – et son point de vue. Le rôle du travailleur social du service est d’accompagner et, si besoin est, d’aider le jeune à formuler ce qu’il souhaite exprimer. Le jeune a un accès permanent au dossier tenu par le travailleur social du service à son propos. Il peut demander et recevoir copie de pièces s’il le désire.
Dans ce cadre, celui où l’enfant n’est plus l’objet mais bien le sujet de droits, notre action prend alors tout son sens car donner le droit de se faire entendre, c’est permettre le débat qui, lui-même, est le fondement de la démocratie.

D. AtMOsphères est un service d’aide en milieu ouvert

A ce titre, notre action est sous-tendue aussi par différents principes qui peuvent se résumer comme suit :

  • La volonté de participer à la déjudiciarisation de nombreuses situations sociales. Notre action s’inscrit résolument en faux contre la tendance à pathologiser le corps social ou à pénaliser et judiciariser la misère . Par ailleurs, le rapport prévention/contrôle social doit être posé. Il faut parfois craindre que l’objectif de « diminuer la quantité globale de violence » subie par les moins favorisés ne corresponde à un « contrôle social » et ne détourne ceux-ci d’une possible révolte. Les pratiques professionnelles d’AtMOsphères ne peuvent s’inscrire dans un contexte prioritairement sécuritaire ou répressif.
  • La volonté de susciter la participation. Notre volonté est d’aller vers les jeunes, d’être présents dans leur milieu de vie, et de les reconnaître comme acteurs principaux de leur situation.
  • La volonté d’offrir une aide spécialisée définie comme complémentaire à l’aide sociale générale et supplétive à celle-ci.
    En résumé, pour AtMOsphères, les AMOs doivent garder leur philosophie d’intervention : de manière non-contraignante et en dehors de tout mandat. Le rappeler, c’est bien. S’en assurer le respect, c’est mieux.